Le Parc national du Souss Massa : un site pilote

La zone du Parc national de Souss Massa (PNSM) se distingue par une végétation diversifiée (300 espèces) adaptée au climat aride et océanique sous forme d’une steppe littorale, et une végétation dunaire, d’arganiers sur les terrains rocheux et d’espèces aquatiques, sur les rives des oueds Souss et Massa.

Le parc abrite quelques 30 espèces mammaliennes, 35 espèces reptiliennes et 250 espèces d’oiseaux parmi lesquelles figure l’ibis chauve, dont la plus importante population sauvage colonise la région du parc. Ce dernier sert actuellement de lieu privilégié pour la reconstitution de troupeaux de certaines espèces sahariennes disparues du Maroc, notamment l’oryx, l’addax et l’autruche à cou rouge.

Le territoire du PNSM englobe deux embouchures celle de l’oued Souss et de l’oued Massa. Ces zones humides sont d’une grande importance pour le passage et l’hivernage de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs du paléarctique occidental.

Le PNSM est confronté à de nombreux défis imposés par sa situation dans une région marquée par l’intervention humaine. En effet l’’élément humain a joué et joue encore un grand rôle dans le façonnage des paysages du territoire du PNSM. Sept douars, avec environ 4000 habitants, y sont sis et 25 autres, avec 25.000 habitants, y ont des terrains de cultures et de parcours.

Quatre grandes missions sont assignées l’aire protégée du Parc National de Souss-Massa :

Conservation et réhabilitation des habitats et des espèces
Le PNSM a une mission de portée nationale, voire internationale, en matière de conservation et de réhabilitation des habitats et des espèces. Cette mission est remplie à travers la réalisation des objectifs suivants :
− Réhabilitation et conservation du couvert végétal naturel ;
− Stabilisation des dunes et protection des sols contre l’érosion ;
− Acclimatation, en vue de réintroduction, des espèces animales ayant disparu du grand Sud marocain ;
− Réhabilitation des populations des espèces animales rares ou menacées ;

Développement local durable
La région du PNSM est habitée par une population locale usagère des ressources naturelles. Le PNSM se propose donc comme un outil de développement local durable, basé sur une utilisation rationnelle de ces ressources naturelles, à travers :
− Une diversification des sources de revenus de la population, par le biais du développement d’activités socio-économiques, compatibles avec les objectifs de conservation, et le développement de l’écotourisme dans le parc ;
− La gestion participative de ressources naturelles de certaines zones du parc.

Education et sensibilisation à l’environnement
Par la diversité des thématiques et problématiques spécifiques relatives à l’environnement en général et à la protection de la nature en particulier, le PNSM se veut un outil et un espace pour le développement des activités d’éducation et de sensibilisation à l’environnement.

Recherche scientifique
La richesse biologique, la diversité des écosystèmes, ainsi que les corrélations et les phénomènes écologiques qui s’y développent, font du site du PNSM un laboratoire naturel où l’on peut étudier différents aspects liés à l’environnement naturel. L’objectif étant de développer la recherche scientifique et le suivi écologique de certaines espèces et certains milieux dans une zone de grand intérêt bioécologique.

Les mammifères
La faune mammalienne du PNSM compte 24 espèces dont les plus remarquables sont: Le sanglier (Sus scrofa barbarus), Le Chacal (Canis aureus), le Renard (Vulpes vulpes), le Lièvre (Lepus capensis), la Mangouste (Herpestes ichneumon), le Chat sauvage (Felis libyca), la Genette (Genetta genetta) et le Porc-épic (Hystrix cristata).

Une douzaine d’espèces de micromammifères, représentant 7 familles, vivent dans la zone du parc. Deux espèces de chauves-souris ont été déterminées dans le secteur de Massa (Aulagnier et Thévenot, 1986): Nyctère de la Thébaide (Nycteris thebaica) et Rhinolophe de Cafrerie (Hipposideros caffer).

En plus de ces espèces issues de souches sauvages, d’autres espèces ont été réintroduites dans la zone du parc, dans un but de reconstitution de la faune du grand Sud marocain et d’augmentation des attraits touristiques du parc. Il s’agit de :

  • l’Antilope Addax (Addax nasomaculatus), 50 individus dont 25 mâles et 25 femelles,
  • la Gazelle dama mhorr (Gazella dama mhorr), 7 mâles et 4 femelles,
  • la Gazelle dorcas (Gazella gazella dorcas), 77 individus dont 39 mâles et 38 femelles.
  • l’Antilope Oryx (Oryx gazella dammah), 5 mâles.

Les oiseaux
Le site du PNSM revête un grand intérêt ornithologique. 250 espèces, dont au moins 86 nicheuses, y ont été reconnues jusqu’à ce jour.

Des milliers d’oiseaux représentant plus de trente espèces (canards, limicoles, et autres) hivernent chaque année aux embouchures des oueds Souss et Massa. Des espèces rares telles que la Spatule blanche (Platalea leucorodia), l’Avocette (Recurvirostra avosetta), le Flamant rose (Phoenicopterus ruber) et la Cigogne blanche (Ciconia ciconia) fréquentent également ces zones humides, en assez grands nombres.

L’avifaune terrestre du PNSM comprend au moins 35 espèces sédentaires nicheuses et un certain nombre d’espèces qui s’observent seulement en migration, au printemps ou en automne.

L’Ibis chauve (Geronticus eremita) reste l’élément le plus remarquable de cette avifaune. La zone du parc en abrite la colonie nicheuse la plus importante du monde entier. La population des Ibis est estimée à quelques 250 à 300 oiseaux, avec une cinquantaine de couples nicheurs (Eaux et Forêts / Ribi, 1992). En plus des trois sites de nidification qui se trouvent sur les falaises côtières du parc, au Sud de l’embouchure de l’oued Massa, il y a un quatrième site à Tamri, au Nord d’Agadir, hébergeant une cinquantaine d’oiseaux dont 24 couples nicheurs.
Une colonie du Grand cormoran du Maroc (Phalacrocorax carbo maroccanus), localisée également sur les falaises côtières au Sud du parc, héberge un effectif dépassant largement les 35 couples nicheurs.

A côté des Ibis et des Grands Cormorans, nichent le Cormoran huppé (Phalacrocorax aristotelis) et trois espèces de rapaces: le Faucon crécerelle (Falco tinnunculus), le Faucon lanier (Falco biarnicus) et la Buse féroce (Buteo rufinus).

Reptiles et Amphibiens
Les résultats d’un premier inventaire de l’herpétofaune du PNSM (Mellado, 1988) ont montré qu’il y a au moins 26 espèces d’amphibiens et reptiles vivant dans la zone du parc. Ces espèces représentent 22 genres et 13 familles.

Cette herpétofaune renferme des espèces de lézards (surtout des Acanthodactyles) qui, tout en étant d’importants prédateurs d’invertébrés, constituent une ressource alimentaire pour certaines espèces de mammifères et d’oiseaux (notamment les rapaces et l’Ibis chauve).

Parmi les Amphibiens, c’est le Crapaud de Mauritanie (Bufo mauritanicus) qui est le plus commun dans le parc.

L’espèce de tortue la plus abondante dans le parc étant Testudo graeca. Mauremys leprosa est restreinte à l’embouchure de l’oued Massa.

Plusieurs espèces de serpents vivent dans les différents biotopes du parc: Psammophis schokari, Malpolon monspessulanus, Coluber hippocrepis, Macroprotodon cucullatus, Natrix maura etc.
Dans la zone à Euphorbes, vivent le Cobra d’Egypte (Naja haje) et la Vipère lébétine (Vipera lebetina mauritanica).

Poissons
L’embouchure de l’oued Massa renferme une ichtyofaune dominée par des espèces appartenant à la famille des Mugilidés. Cinq espèces de cette famille ont été identifiées en 1986 (El Housni, 1988): Chelon labrosus, Mugil cephalus, Liza saliens, Liza ramada et Liza aurata.

Les autres espèces vivant dans l’estuaire du Massa sont: l’Anguille (Anguilla anguilla), le Loup (Dicentrarchus labrax) et le Rotengle (Scardinius erythrophtalmus).

Invertébrés
Plusieurs espèces d’invertébrés (mollusques, insectes et arachnides) vivent dans le parc. Elles constituent une ressource de grande importance pour les animaux appartenant aux différentes classes des vertébrés. Leur inventaire n’est pas encore réalisé.

Il existe un mollusque terrestre très commun dans les différents biotopes du parc: Helix barbara, de la famille des Helicidae.

Deux espèces de Scorpion vivent dans la zone du parc: le Scorpion jaune (Buthus occitanus) et le Scorpion à larges pinces (Scorpio maurus).

Faune marine

Les écosystèmes marins de la zone du PNSM recèlent une richesse biologique de grand intérêt. Ils offrent de grandes possibilités d’habitats et de nourriture à de nombreuses espèces de poissons, de crustacés et de mollusques, économiquement importantes.

En plus des espèces de poissons, de crustacés et de céphalopodes pêchées au large de la zone du parc (cf. ANNEXE 9), deux espèces de moules sont ramassées par la population sur la côte du parc: Mytilus galloprovincialis et Perna perna (Baddyr, 1989).

il y a lieu de signaler que la faune marine n’a pas été analysée et considérée ,au même titre que la faune terrestre, lors de la création du parc.

Flore et végétation

La flore du PNSM comprend des éléments de différentes origines: méditerranéenne (plus de 50 % des espèces), macaronesienne (au moins 22 espèces), saharienne et saharo-sindienne (9 espèces connues) et tropicale (4 espèces connues).

Jusqu’à ce jour, 302 espèces représentant différentes familles ont été relevées dans la zone du parc.

13 espèces endémiques du Sud-Ouest marocain sont présentes dans le parc: Acacia gummifera, Asparagus altissima, Chamaecytisus albidus, Genista ferox ssp. microphylla, Rhus albidum, Erodium hesperidium, Euphorbia terracina, Linaria vetricosa, Liptochloa ginae, Sideritis cossoniana, Silene glabrescens, Stachys arenaria, et Trachystoma ballii.

Certaines espèces revêtent une importance particulière pour la reconstitution du couvert végétal du parc:

  • Argania spinosa
  • Periploca laevigata
  • Acacia gummifera
  • Lycium intricatum
  • Atriplex halimus
  • Retama monosper
  • Chamaecytisus albidus
  • Rhus tripartitum
  • Rhus albidum
  • Withania frutescens
  • Cenchrus ciliaris
  • Euphorbia echinus
  • Euphorbia beaumierana
  • Euphorbia rejis-jubae
  • Hedysarum argentatum
  • Launaea arborescens
  • Nitraria retusa
  • Senecio anteuphorbium
  • Traganum moquinii
  • Tamarix gallica

Les groupements végétaux

Les études de la végétation du PNSM (Errabih, 1987; Sadiki, 1992; Benabid, Machrouh et Schoenenberger, 1994) ont montré que les groupements végétaux sont très diversifiés. Cette grande diversité s’explique par la diversité des milieux résultant de la conjugaison des conditions physiques de ces milieux et de leurs différentes utilisations actuelles.

Les groupements distingués dans la zone du parc se répartissent en deux catégories:

Groupements des zones terrestres
Les groupements végétaux des zones terrestres du PNSM correspondent à des associations de dégradation résultant de l’intense pression anthropozoogène, à laquelle sont sujettes ces zones, et du fait qu’elles se développent dans des conditions écologiques précaires. Ces groupements appartiennent à deux séries:

  • La série climatique infra méditerranéenne à Argania spinosa et Euphorbia echinus, représentée au parc par cinq associations appartenant à la sous-série à Argania spinosa et Euphorbia regis jubae.
  • La série infra méditerranéenne à Traganum moquinii et Rhus albida, qui est spécialisée des dunes et représentée au parc par trois associations qui restent toutes liées à une bande littorale, n’excèdent guère 500 m, où les conditions écologiques sont marquées par un substrat sableux et une grande fréquence d’embruns.

Groupements des zones humides

Les formations végétales colonisant les milieux des embouchures des oueds Souss et Massa sont individualisés par des groupements à Arthrocnemum glaucum; Sarcocornia fruticosa; Sarcocorniaperennis; Suaeda fruticosa; Phragmites australis subsp. altissima; Juncus acutus; Tamarix gallica; Typha angustifolia; Scirpus lacustris et Traganum moquinii (Sadiki, 1992). Ces groupements restent mieux conservés par rapport à ceux des zones terrestres.